Immunothérapie : quels effets secondaires et pourquoi ils diffèrent de la chimio

Certains traitements du cancer s’attaquent aux cellules tumorales, d’autres confient ce travail à l’organisme lui-même. Dans le second cas, les réactions attendues ne ressemblent pas à celles que l’on associe d’ordinaire aux perfusions de chimiothérapie. Les effets secondaires de l’immunothérapie suivent leur propre logique, avec un calendrier moins prévisible et des organes parfois inattendus. Cela explique pourquoi une surveillance attentive s’impose, y compris quand le traitement est terminé.
En bref.
- Ces effets relèvent d’une inflammation ou d’une réaction auto-immune, alors que la chimiothérapie agit autrement.
- Les plus fréquents touchent la peau, la digestion, la thyroïde et provoquent de la fatigue ; la plupart sont légers à modérés, les formes graves concernant moins de 5 à 10 % des cas selon la Fondation ARC.
- Une réaction peut se déclarer longtemps après le début des perfusions, voire une fois le traitement arrêté.
- Tout nouveau symptôme se signale à l’équipe soignante sans attendre, sans tenter de le traiter soi-même.
Qu’est-ce que l’immunothérapie et comment agit-elle ?
L’immunothérapie est un traitement qui vise à stimuler les défenses immunitaires de l’organisme contre les cellules cancéreuses, selon l’Institut national du cancer. Elle ne vise pas directement la tumeur : elle agit principalement sur le système immunitaire de la personne malade pour le rendre apte à attaquer ces cellules.
Le principe tient en une image, celle du frein. Les cellules tumorales sont capables de détourner les dispositifs de contrôle du système immunitaire pour éviter d’être attaquées et détruites. On dit que la tumeur « freine » le système immunitaire. Les inhibiteurs de point de contrôle, une famille de médicaments d’immunothérapie, bloquent ces freins. Le système immunitaire est ainsi réactivé et lutte plus efficacement contre les cellules tumorales.
À l’inverse des chimiothérapies, on ne cible plus les cellules cancéreuses elles-mêmes mais les cellules immunitaires qui les entourent, afin de les activer. Les traitements sont le plus souvent administrés par voie intraveineuse lors d’une hospitalisation de jour, avec un espacement de une à quelques semaines entre les injections selon la maladie et le médicament.
Pourquoi les effets de l’immunothérapie diffèrent-ils de ceux de la chimiothérapie ?
Les effets secondaires de l’immunothérapie sont des réactions inflammatoires ou auto-immunes : elles viennent d’un système immunitaire trop actif, et non d’une action directe sur la tumeur. Les effets sont liés à une activité élevée ou excessive des défenses, qui provoque une inflammation de divers organes et peut entraîner des réactions auto-immunes. On les dit « immuno-médiés ». La Fondation ARC résume ainsi l’origine du phénomène : des cellules saines sont, elles aussi, prises pour cibles par les défenses ainsi activées.
L’Institut national du cancer précise que ces traitements provoquent des effets indésirables pouvant être nouveaux pour les oncologues, et nécessitant des prises en charge différentes de celles préconisées pour les chimiothérapies conventionnelles. C’est la raison pour laquelle une consultation de routine ne remplace pas le signalement d’un symptôme nouveau : l’équipe sait ce qu’il peut révéler.
Un point commun existe tout de même : les toxicités des anticancéreux sont souvent plus fréquentes ou plus sévères lorsque les médicaments sont donnés en association. Les combinaisons d’immunothérapies augmentent le risque de toxicité, selon la Fondation ARC.
Quels sont les effets secondaires les plus fréquents ?
Les plus fréquemment observés sont des diarrhées, des rashs, des démangeaisons, de la fatigue, des nausées et une diminution de l’appétit, d’après l’Institut national du cancer. Les symptômes pseudo-grippaux (fièvre, frissons, douleurs musculaires et articulaires, perte d’appétit) apparaissent aussi la plupart du temps, selon la Fondation ARC.
La peau est la plus souvent concernée : éruptions, démangeaisons et sécheresse touchent jusqu’à 50 % des patients. Les glandes endocrines viennent ensuite, avec la thyroïde (hypo- ou hyperthyroïdie) et l’hypophyse. Ces troubles thyroïdiens peuvent provoquer une prise ou une perte de poids et de la fatigue. Les effets fréquents sont peu graves, mais peuvent altérer la qualité de vie.
La plupart de ces effets sont légers à modérés. Leur prise en charge dépend de leur intensité :
| Intensité | Prise en charge décrite par la Fondation ARC |
|---|---|
| Symptômes légers | Traitements locaux (crèmes pour la peau), surveillance rapprochée, maintien du traitement |
| Symptômes modérés | Corticoïdes par voie orale, suspension temporaire de l’immunothérapie |
| Symptômes sévères | Hospitalisation, corticoïdes à forte dose, arrêt définitif du traitement dans de rares cas |
Le choix revient toujours à l’oncologue : ce tableau décrit ce qui se pratique, pas ce que chacun doit entreprendre.
Quels effets plus rares faut-il surveiller, et par quels signes ?
Les toxicités beaucoup plus rares, mais potentiellement graves, sont cardiaques, neurologiques, pulmonaires ou digestives, avec une fréquence inférieure à 5 %. Elles doivent être connues, car certains effets peuvent être graves et il importe d’en reconnaître les symptômes, rappelle l’Institut national du cancer. Voici les organes concernés et les signes à signaler.
| Organe | Signes décrits | À signaler |
|---|---|---|
| Intestin | Douleurs de l’estomac, mucus ou sang dans les selles, diarrhées | Prévenir immédiatement le médecin |
| Poumons | Difficultés à respirer, toux, douleurs au thorax | Prévenir immédiatement le médecin |
| Foie | Douleurs au côté droit du ventre, jaunissement de la peau et du blanc des yeux | Prévenir immédiatement le médecin |
| Reins | Quantité d’urine plus faible, changement de sa couleur | Prévenir immédiatement le médecin |
| Peau | Éruption, desquamation, aphtes, démangeaisons | Signaler à l’équipe |
| Yeux | Vision trouble, douleur ou rougeur oculaire | Signaler à l’équipe |
| Système nerveux | Faiblesse musculaire, engourdissement ou fourmillements, difficulté à se réveiller | Signaler à l’équipe |
Un diabète peut aussi apparaître : il se manifeste par une perte de poids, un besoin d’uriner plus fréquent, une soif et une faim plus importantes que d’habitude. L’incidence sur la fonction rénale se fait le plus souvent sans symptôme, d’où l’intérêt des bilans sanguins réguliers.
Un gonflement du visage, des lèvres et de la langue, des difficultés à respirer, de la fièvre ou des réactions cutanées graves justifient d’alerter le médecin. Face à tout symptôme inhabituel, contactez votre médecin ou votre équipe.
Ces effets peuvent-ils survenir tard, même après l’arrêt du traitement ?
Oui. Selon la Fondation ARC, les symptômes peuvent survenir rapidement après le début du traitement, mais aussi bien plus tard, voire après la fin de l’immunothérapie. La vigilance doit donc être maintenue sur toute la durée du traitement et même après. Pour l’Institut national du cancer, ces effets d’ordre immunologique peuvent survenir jusqu’à plusieurs mois après la fin du traitement, et leur gestion est spécifique.
Le délai de survenue est variable, de quelques jours à plusieurs mois. La Ligue contre le cancer indique que les effets apparaissent habituellement entre le 2e et le 6e mois de traitement.
La durée de l’immunothérapie elle-même varie en fonction du type de cancer, de l’efficacité observée et de l’éventuelle survenue d’effets secondaires. Un suivi médical régulier, avec des bilans sanguins, permet de repérer précocement les anomalies. Dans la majorité des cas, les effets secondaires de l’immunothérapie sont réversibles s’ils sont détectés tôt et traités rapidement.
Que faire en cas de nouveau symptôme ?
Tout nouveau symptôme apparaissant sous immunothérapie doit être déclaré à l’équipe qui vous suit, afin de permettre une prise en charge rapide. Il ne faut pas tenter de traiter soi-même un symptôme nouveau. Informez aussi votre médecin de tout autre médicament pris récemment, y compris les produits dits naturels.
Les effets suspectés d’être liés à un médicament peuvent également être déclarés en ligne à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, sur ansm.sante.fr. Pour mieux comprendre les droits et les aides qui accompagnent la période de traitement, l’article consacré à la chimiothérapie et ses effets permet de comparer les deux logiques, et celui sur l’ALD 30 et la prise en charge détaille ce que l’Assurance maladie couvre.
Questions fréquentes sur les effets secondaires de l’immunothérapie
Ces réactions sont-elles définitives ?
Non, dans la majorité des cas. La Fondation ARC et la Ligue contre le cancer indiquent qu’elles sont réversibles si elles sont détectées tôt et traitées rapidement.
La fièvre est-elle un signe à prendre au sérieux sous immunothérapie ?
Des symptômes pseudo-grippaux, dont la fièvre, apparaissent la plupart du temps. La fièvre figure aussi parmi les signes pour lesquels l’Institut national du cancer demande d’alerter le médecin. Signalez-la à l’équipe.
Peut-on soigner une éruption cutanée soi-même ?
Non : un nouveau symptôme ne se traite pas seul. Pour les symptômes légers, les traitements locaux comme les crèmes pour la peau sont décidés par l’équipe, avec une surveillance rapprochée.
L’immunothérapie est-elle toujours associée à une chimiothérapie ?
Non. Une combinaison immunothérapie-chimiothérapie est par exemple déjà approuvée dans le cancer du poumon non à petites cellules, mais l’immunothérapie peut aussi être donnée seule. Les toxicités sont souvent plus fréquentes lorsque les médicaments sont associés.
Le tabac change-t-il quelque chose au traitement ?
Selon cet organisme, l’arrêt du tabac fait partie du traitement du cancer. Parlez-en à l’équipe, qui peut proposer un accompagnement.
Où signaler un effet que l’on pense lié au médicament ?
D’abord à l’équipe soignante. Une déclaration en ligne est aussi possible auprès de l’ANSM, sur ansm.sante.fr.
Sources
- Institut national du cancer, « L’immunothérapie », https://www.cancer.fr/personnes-malades/parcours-de-soins/principaux-traitements/medecine-de-precision/l-immunotherapie, consultée le 24 octobre 2026.
- Institut national du cancer, « Immunothérapies spécifiques du cancer du poumon », https://www.cancer.fr/personnes-malades/les-cancers/poumon/traitements/effets-indesirables/chimiotherapie-therapies-ciblees-et-immunotherapies-specifiques/immunotherapies-specifiques, consultée le 24 octobre 2026.
- Fondation ARC, « FAQ : Les effets secondaires de l’immunothérapie », https://www.fondation-arc.org/sinformer-sur-le-cancer/les-traitements-et-les-soins/limmunotherapie/faq-immunotherapie-effets-secondaires/, consultée le 24 octobre 2026.
- Fondation ARC, « L’immunothérapie aujourd’hui », https://www.fondation-arc.org/sinformer-sur-le-cancer/les-traitements-et-les-soins/limmunotherapie/limmunotherapie-aujourdhui/, consultée le 24 octobre 2026.
- Ligue contre le cancer, « Les effets secondaires de l’immunothérapie », https://www.ligue-cancer.net/en/node/34383, consultée le 24 octobre 2026.
- CHU de Lyon, « Immunothérapie anti-cancéreuse », https://www.chu-lyon.fr/immunotherapie-anti-cancereuse, consultée le 24 octobre 2026.
- CHU d’Angers, « Gestion des toxicités des immunothérapies », https://ahh.chu-angers.fr/villehopital/gestion-des-toxicites-des-immunotherapies/, consultée le 24 octobre 2026.
Cet article informe et ne remplace pas l’avis de votre équipe soignante : parlez-en à votre oncologue ou à votre médecin traitant. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

